Jean-Paul Chablais ou l'art du mouvement.

L'art moderne s'affirma, on le sait, en instruisant le procès de la forme de l'oeuvre. Il fallait rendre la matière à elle-même. On rêvait d'un espace sans contrainte où volumes et plans, lignes et couleurs, mots et sonorités s'exerceraient aux jeux sans fin de la combinatoire.

Les sculptures de CHABLAIS procèdent de cette inspiration et pourtant la mettent en question; elles ne sacrifient pas à la facilité de la rupture radicale qui fascinait déjà Flaubert. Dans son univers de pierre, l'artiste ne s'efface plus et la forme retrouve alors droit de cité.

D'un seul corps, d'un seul visage faire surgir une foule.

Provocation? Retour au passé. Les oeuvres montrent qu'il n'en est rien. Simplement, le sculpteur est parvenu à dénouer la contradiction entre forme et matière. La solution tient en un mot: la mise en mouvement. Car ces sculptures vivent. Figures énigmatiques, volontairement inachivées parfois - chacune offre mille profils.

Dans ces lignes pures ou tourmentées, il y a de la magie: un polymorphisme discrètement exubérant, une puissance sourde, une immobilité mouvante qu'accentue un usage particulièrement heureux des volumes. Un art des métamorphoses.

Qu'une même oeuvre abrite une multiplicité d'oeuvres, une certaine avant-garde n'avait cru cela possible qu'à congédier définitivement la forma. CHABLAIS fait justice de cette illusion en réconciliant le jeu et la contrainte, pour notre plus grand plaisir. Une recherche à suivre.

J.M. ALLIAUME. Paris 1991.

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Jean-Paul Chablais à Pérouges.

Il fut un temps où l'on apposait au prénom d'une personne une épithète qui exprimait le trait principal de son caractère: Jean-le-Bon, Charles-le-Téméraire, etc. Si, selon cet usage, je voulais qualifier le sculpteur Chablais pas son oeuvre, je dirais: Jean-Paul-le-Subtil.

Déjà dans ses oeuvres passées (voir Le Mausolée nr. 655 de mars 1991) se manifestait une tendance aux formes longilignes, étirées, inquiétantes ou cocasses. Cette tendance s'est affirmée dans les oeuvres exposées en août dernier à la Maison des Arts Contemporains de Pérouges. La sculpture de Chablais, suivant en cela les préceptes de la diététique de notre temps, s'est allégée.

Elle s'est allégée dans sa matière: moins de pierre, plus de bois, avec pour lier l'une à l'autre, des lacets de cuir. Elle s'est allégée de la configuration: plus de rapports à la forme humaine, une abstraction libre de toute référence.

Elle s'est allégée par l'accentuation de l'élongation des formes, par l'économie de matière dont il semble qu‘à la limite on pourrait presque se passer!

Il y a quelque chose d'immatériel d'aérien, de musical, de spirituel dans les deux sens du terme, dans cette sculpture. Oeuvre d'un elf bizarre, imprévisible, moquer... Jean-Paul-le-Subtil...!

P.Dallaire. 1994.

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CHABLAIS: MASSES et ESPACES.

De par sa confrontation avec un matériau dont part reste toujours imprévisible, le sculpteur, quelle que soit son expérience, révèle t-il par son geste davantage que ne le ferait un autre artiste sur sa personnalité?

La manière de dominer ou de contourner les accidents de la pierre ou du bois devrait être révélatrice du tempérament, bien plus que ne le ferait le traitement d'un élément lisse ou uniforme.

A cause de la résistance opposée par la matière, qui constitue une sort de troisième dimension du travail, la maturation du sculpteur peut être plus lente: elle n'en est que mieux enracinée.

S'y traduisent en profondeur l'implication dans la vie, les relations avec les êtres, qui au fil du temps obligent l'artiste à se transcender, à dépasser le stade du plaisir tout individuel d'exprimer le ressenti.

Cela n'est pas pour introduire une explication à base biographique qui conduirait à un inutile dévoilement du signifié. Mieux vaut explorer le "comment" de la forme employée pour aboutir au sens, lequel reste multiple.

Le parcours de CHABLAIS, précisément, peut éclairer une évolution que je perçois comme le passage progressif d'un maniement des masses vers une captation des vides. Qu'‘il ait eu une prédilection pour le façonnage en grande dimension d'éléments éphémères tels que la glace ou la neige, substances éminemment variables en fonction du degré du froid, de la bise, de l'humidité, c'est à dire d'une multitude de données indéfinissables; que ces oeuvres aient impliqué l'exposition de leur auteur aux plus ou moins grandes rudesses du climat, tout cela en fait un artiste de plein vent, c'est à dire un qui ne se contente pas de l'empoignade avec la matière, mais qui se situe en résonance à l'égard de l'impalpable.

Ce choix d'un certain mode de vie artistique me paraît déterminant dans le description de cette évolution. Réflexion qui me semble utile: saisir le changement permet seul d'appréhender le permanent.

Ainsi donc dans ses compositions monumentales installées au milieu du remuement de quelques site urbains, énergiquement dressées, apparaissent par des passages à claire voie à la fois le souffle et les vibrations de l'air, les rumeurs et les envolées.

Ainsi dans les oeuvres "d'‘intérieur", comportant moins de verticalité, où se perçoit davantage une constante captation de la féminité, c'est aussi l'influence aérienne qui demeure, avec les frémissements que suggèrent, nouvel apport, ces lanières de cuir tendues, évocation de haubans, d'archets, plus souvent que de liens.

L'étreinte est devenue effleurement, les rugosités des friselis; des espacements, mieux que le plein, construisent la puissance allégorique d'édifices, en apparence première, de fragilité, en devenir d'instabilité bienfaisante.

Pierre de MONNER. L'archipel sure le Lac 1995.

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Jean-Paul CHABLAIS.

A CHABLAIS la sculpture a envoyé en cadeau un mécano. Qu'on ne s'y méprenne pas, les formes ne préexistent pas; c'est lui qui les façonne. Ce sont pièces de bois - dominantes - éléments métalliques, minéraux, cordages de cuir ou de chanvre - n'énumérons pas, la liste à la fin envahirait l'oeuvre.

Telles sont donc les pièces. Et la qualité de leur polissage, le soin de leur finition ne trahiront jamais leur origine passable: ils viennent du rebut; sauvés, cherchés, ils furent - à temps - récupérés. Dirons-nous qu'un soin affectueux leur redonne un destin? La savante restauration qui les ramène à la vie le laisserait à croire.

Du mécano, il a la construction. Ainsi, sur une structure dynamique qui lui sert d'ossature verticale, CHABLAIS inscrit son répertoire d'éléments disparates. L'équilibre issu d'une telle rencontre procède donc d'une tension où des structures tendues installent des contrepoids, des contrepoints; où la distinction des matériaux définit de subtiles surprises; où le détail des points d'accroches, chevilles ouvrières, suggère une sérénité qu'on sent propice à la quiétude.

Ce sont là des totems, des poteaux en quête d'une poétique émergence. Leur échelle et le terme qui pourrait s'entendre doublement est variable. Eléments d'une architecture imaginaire, mesurent-ils un mètre ou bien trente? L'espace où nous les installons existe moins qu'il ne se rêve; et le mécano revient dans ses interstices.

Par leurs délicates courbures, par le souvenir de leur ordre organique, par leur musicalité quasi instrumentalisée, ces oeuvres me découvrent d'intimes confidences.

F. AMBLARD. Istanbul 1996.

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Jean-Paul CHABLAIS.

Nul objet figé parmi les sculptures de CHABLAIS: constructions sans limites où la matière - les matériaux: pierre, bois, filins - n'est qu'allusive, sert à relier les espaces, à dicter les élans, à susciter tensions et vibrations.

Commencent à s'enchaîner les visions: espadons ou dauphins bondissant à la crête des flots marins, mais aussi peut-être - et pourtant CHABLAIS ne travaille pas l'eau - Excalibur émergeant du lac.

D'où s'en suit la harpe celtique, ses cordes tendues, mais tendue aussi celle de l'arc; et de celui-là des flèches, et naturellement des cibles lesquelles à vrai dire se passent d'avoir un centre; animées plutôt d'ombres et de silhouettes, traversées d'oiseaux. Et de par leur corps élancé, leur bec acéré, on retourne à la flèche, à la vibration de l'arc, à la musique des cordes.

Allers et retours incessants que nous fait ressentir CHABLAIS. Que ses oeuvres reposent au sol (mais ce seraient pourtant des pirogues), qu'elles soient surélevées sur leurs socles ou qu'elles soient suspendues devant des parois, il parvient, par la conduite des éléments solides, à capter la résonance, l'intensité du vide.

Suggestions sans conclusion, foisonnantes, rebondissantes, errantes, dont l'enchaînement demeure constamment désiré.

Pierre de MONNER. 2001.

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Jean-Paul CHABLAIS.

Précis, constructif, Jean-Paul Chablais détermine par des figures abstraites, un décor dont la logique évocatrice reste tournée vers le monde moderne. Toutefois, ce qu'il nous montre reste complet et ne laisse plus aucune place à l'imagination de l'autre. Chaque mouvement de son architecture vient s'intégrer dans l'ensemble qu'il a imaginé.

Ici, puisque l'artiste nous parle de musique, pas de boeuf, l'orchestration est inscrite et les sensations sont prévues par le créateur. L'instrumentation, c'est lui, et l'auditeur c'est vous à travers votre oeil. Les Gymnopédies n'acceptent pas de variantes, tout y est calculé, architecturé, les notes comme le temps.

Ch. GERMAK. Arts Gazette Internationale 2004.

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